Le bâton de Moussa et commentaire de sourate ta-ha

Le bâton de Moussa et commentaire de sourate Ta-Ha

Avant-propos :

Il y a plusieurs niveaux de lectures dans le Coran.

Le Coran ne doit pas seulement se lire au premier degré si on veut en saisir toute la profondeur.

Je ne nie pas le sens littéral d’un mot, mais je pense que son utilisation a été volontairement « codifiée » de façon à ce que celui qui n’a pas la « vue » et « l’ouïe » ne comprenne pas et que celui qui cherche, qui médite attentivement puisse lui comprendre.

47.24 Ne méditent-ils pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs ?

39.9 Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? Seuls les doués d´intelligence se rappellent.

40.58 L´aveugle et le voyant ne sont pas égaux, et ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres ne peuvent être comparés à celui qui fait le mal. C´est rare que vous vous rappeliez !

6.50 Est-ce que sont égaux l´aveugle et celui qui voit ? Ne réfléchissez-vous donc pas ? »

35.22   De même, ne sont pas semblables les vivants et les morts. Allah fait entendre qu´Il veut, alors que toi tu ne peux faire entendre ceux qui sont dans les tombeaux.

11.24 Les deux groupes ressemblent, l’un à l’aveugle et au sourd, l’autre à celui qui voit et qui entend. Les deux sont-ils comparativement égaux ? Ne vous souvenez- vous pas ?

25.73 – qui lorsque les signes de leur Seigneur leur sont rappelés, ne deviennent ni sourds ni aveugles ;

Et le Coran précise aux littéralistes qu’on parle bien d’un point de vue métaphorique, histoire qu’ils puissent comprendre :

43.40 Est-ce donc toi qui fait entendre les sourds ou qui guide les aveugles et ceux qui sont dans un égarement évident ?

Quel serait le sens derrière le « bâton » de Moussa ? Lisons sourate Ta-Ha d’une autre façon.

  1. Initiation à la mission d’envoyé
  1. Rencontre avec Allah

20.10 Lorsqu´il vit du feu, il dit à sa famille : « Restez ici ! Je vois du feu de loin ; peut-être vous en apporterai-je un tison, ou trouverai-je auprès du feu de quoi me guider ».

Nâr même racine que Nûr : symbole de lumière divine ou de guidance divine. Le feu sert à réchauffer (notre cœur) et à nous éclairer pour mieux voir (et percevoir).

Tout comme la mer est le symbole des paroles divines, inépuisable.

V10 Ici on retrouve l’état d’esprit de celui qui veut comprendre et chercher la Vérité :

  • Attentif aux signes, voit de loin
  • Curieux, il va voir
  • Confiant et n’a pas peur
  • A la recherche de ce qui peut le guider (et à être meilleur)

Voilà bien des caractéristiques de quelqu’un d’intelligent.

20.12 Je suis ton Seigneur. Enlève tes sandales : car tu es dans la vallée sacrée Tuwa

Moussa enlève ses sandales ? Ça ne peut qu’avoir une portée symbolique. Il se met à nu, enlève ses « masques ». Les habits sont un rajout, Allah lui demande de revenir à l’état initial, au contact du vrai. Avoir les pieds nus pour être connecté au sol, pour avoir une meilleure connexion au réel.

20.13 Moi, Je t´ai choisi. Ecoute donc ce qui va être révélé.

« Je t’ai choisi » (pour quoi faire ? C’est important pour la suite, car ce n’était pourtant pas lui le plus disposé à le faire).

20.14 Certes, c´est Moi Allah : point de divinité que Moi. Adore-Moi donc et accomplis la salat pour te souvenir de Moi.

20.15 L´Heure va certes arriver. Je la cache à peine, pour que chaque âme soit rétribuée selon ses efforts.

  • Evaluation des forces de Moussa

20.17 Et qu´est-ce qu´il y a dans ta main droite [Biyamīnika], ô Moïse ? »

C’est pas « qu’est-ce qu’il y a dans ta main droite »

يَمِين c’est le côté droit

Littéralement : et qu’est-ce que c’est ton côté droit ?

Et le côté droit symbolise ce qu’on maîtrise, notre côté fort.

On retrouve aussi ce sens symbolique dans la racine du mot يَمِين  (foi/serment/prospérer).

Il faut comprendre le verset par : En quoi as-tu confiance/ qu’est-ce que tu maitrises ?

20.18 Il dit : « C´est mon bâton sur lequel je m´appuie, qui me sert à effeuiller (les arbres) pour mes moutons et j´en fais d´autres usages ».

Qāla Hiya `Aşāya ‘Atawakka’u `Alayhā Wa ‘Ahushu Bihā `Alá Ghanamī Wa Liya Fīhā Ma’āribu ‘Ukhrá

Allah connait-il la réponse à cette question ? Oui, c’est une question rhétorique, afin que Moussa s’interroge lui-même.

Moussa répond-il à la question ?

Non il répond à coté : il explique à quoi sert son « bâton » il parle de son utilisation, ce n’est pas la question.

Ce verset offre un bel exemple de jeu de mots et de double sens.

Les brebis littéralistes y verront un bout de bois qui sert à effeuiller.

Les autres y verront un moyen de dégager la voie encombrée des « brebis » et d’éclaircir leur vue, d’effeuiller l’arbre du mensonge dont les fruits sont des têtes de diable (37.65).

Si on approfondit : ghanamî est traduit par brebis, mais la racine du mot a d’autres sens.

En 48.20 مَغَانِمَ traduit par gain ou en 8.41 غَنِمْ traduit par butin

C’est aussi : gagner quelque chose sans peine / ce qu’on acquiert / ce qu’on reçoit / ce qu’on nous donne / ce qui est facile à prendre. C’est-à-dire le prêt à penser. Le parallèle avec le mouton est parfait.

Les « brebis/ moutons » c’est ceux qui suivent aveuglément, qui acceptent les informations qu’on leur donne sans aucun filtre.

Moussa explique qu’il se sert de son « bâton » et s’appuie dessus pour effeuiller les idées qu’il acquiert/reçoit au fur et à mesure. Et c’est le cas pour tout le monde et tous les jours : on entend ou lit des choses, des idées. Si on ne filtre pas toutes les données qu’on « amasse » avec notre « bâton » comme Moussa, on se retrouve à être un mouton. Et plus qu’à attendre que Moussa vienne nous libérer avec le sien.

Wa Liya Fīhā Ma’āribu ‘Ukhrá

Racine أرب
أَرَب ج آراب : but/objectif que l’on a en vue, désir, fin, intention, souhait, vœu
مَأْرَب ج مَآرِب : but, dessein

Et pour d’autres objectifs.

  • Le `Aşā

Quel est ce « bâton » ?

Déjà même au sens littéral c’est pas un bâton qu’on ramasse comme ça par terre. Moussa dit c’est MON bâton sur lequel je M’APPUIE.

Avec quoi on éclaire les gens aujourd’hui ?

Réponse : avec notre raisonnement, nos arguments.

عَصَا c’est un raisonnement, une argumentation.

C’est pareil un raisonnement se construit, se fabrique, et on s’appuie dessus pour façonner notre vision.

  • Perfectionnement du `Aşā

20.19 [Allah lui] dit : « Jette-le, ô Moïse ».

Allah lui dit jette ton raisonnement (afin que les raisonnements se rencontrent).

20.20 Il le jeta : et le voici un serpent qui rampait.

Fa’alqāhā Fa’idhā Hiya Ĥayyatun Tas`á

Allah lui fait apparaitre que son raisonnement sur lequel il s’appuie peut être « dangereux » c’est-à-dire qu’il peut se retourner contre lui.

Le verset 15 et 66 nous donnent le sens de tas`a qui est efforts.

سعي s’efforcer, s’activer se rendre vers, marcher, œuvrer, travailler, se préoccuper, se soucier de, s’intéresser à, (activer son cerveau, travailler son esprit) …

Ĥayyatun

C’est vivant, animé.

Reprenons du verset 18 :

Et qu’est-ce que tu maitrises ô Moussa ?

C’est mon raisonnement sur lequel je m’appuie, qui me sert à filtrer ce que je reçois et pour d’autres objectifs.

Jette ton raisonnement ô Moussa.

Il le jeta et le voici devenu « vivant » « travaillant » (ça a fait travailler son cerveau, activé/animé son esprit) (quand on se met à cogiter, qu’on a peur de s’être trompé etc.).

20.21 [Allah] dit : « Saisis-le et ne crains rien : Nous le ramènerons à son premier état.

Ensuite Allah dit de prendre le عَصَا mais cette fois ci remis à son état initial, purifié.

خُذْ prendre, saisir, s’emparer, atteindre, accepter/recevoir (ex dans 2.48)

28.31 Et : « Jette ton bâton » ; Puis quand il le vit remuer comme si c´était un serpent, il tourna le dos sans même se retourner. » ô Moïse ! Approche et n´aie pas peur : tu es du nombre de ceux qui sont en sécurité.

Wa ‘An ‘Alqi `Aşāka Falammā Ra’āhā Tahtazzu Ka’annahā Jānnun Wallá Mudbirāan Wa Lam Yu`aqqib

Le mot c’est جَآنٌّ 

Il a vu un jânnoun s’agiter (même mot en 55.39-56-74 et traduit cette fois par djinn). La racine جنن (Jim-Nun-Nun) évoque une situation ou quelque chose de caché, provenant de l’invisible. C’est le cas d’une idée qui émerge du subconscient, une inspiration qui survient d’on ne sait où.

هزز Secouer, (s’) agiter, (se) balancer, remuer, ranimer, émouvoir, stimuler, exciter quelqu’un, frémir…

Quand il le vit (son raisonnement) être stimulé s’agiter/frémir comme si c’était une illumination.

كَأَنَّهَا ka annahu comme si c’était

On parle du point de vue de Moussa, il a vu comme si c’était. On ne dit pas que c’était ça réellement ni que ça s’est matérialisé devant lui.

Tout ça se passait probablement dans son esprit.

Wallá Mudbirāan

مُدَبِّر : manager / économe, épargnant, profitant / organisateur, planificateur
مُدَبَّر : ordonné, mis en ordre / intentionnel / ce qui est obtenu
مُدْبِر : qui tourne le dos, qui retourne en arrière

expr.
وَلَّى الأَدْبارَ : retourner sur ses pas

Il revint sur ses pas / il retourna sur ses pas.

Le Coran n’utilise pas toujours cette expression au sens littéral.

En 47.25 Ceux qui sont revenus sur leurs pas après que le droit chemin leur a été clairement exposé, le Diable les a séduits et trompés.

Faire marche arrière en ayant vu la bonne direction à suivre (le droit chemin). On ne parle pas de reculer physiquement. Au sens figuré c’est renoncer, renoncer/refuser à suivre le droit chemin.

Dans la même idée Moussa fait « machine arrière » dans son raisonnement.

La racineدبر comporte aussi une idée de réflexion (tadabbur) c’est-à-dire de mettre en ordre des idées, d’organiser et de planifier (des décisions) (voir en 47.24 et 79.5).

Wa Lam Yu`aqqib

Et n’a pas abouti / n’a pas donné suite.

Soit Il était proche du but (un esprit proche d’avoir les idées en ordre) mais n’a pas abouti

Soit Il a commencé à paniquer, à penser aux conséquences, a fait machine arrière et n’a pas abouti.

Yā Mūsá ‘Aqbil Wa Lā Takhaf ‘Innaka Mina Al-‘Āminīna

O Moussa, converge / accepte et n’aie pas peur. Tu es certes parmi ceux qui sont en sécurité.

Allah l’encourage à aller au bout de son raisonnement.

27.10 Et : « Jette ton bâton ». Quand il le vit remuer comme un serpent, il tourna le dos [pour fuir] sans revenir sur ses pas. « N´aie pas peur, Moïse. Les Messagers n´ont point peur auprès de Moi.

Wa ‘Alqi `Aşāka Falammā Ra’āhā Tahtazzu Ka’annahā Jānnun Wallá Mudbirāan Wa Lam Yu`aqqib

Pareil que 28.31

  • Préparation psychologique

27.11 Sauf celui qui a commis une injustice puis a remplacé le mal par le bien… alors Je suis Pardonneur et Miséricordieux ».

27.12 Et introduis ta main dans l´ouverture de ta tunique. Elle sortira blanche et sans aucun mal – un des neuf prodiges à Pharaon et à son peuple, car ils sont vraiment des gens pervers ».

Wa ‘Adkhil Yadaka Fī Jaybika Takhruj Bayđā’a Min Ghayri Sū’in

D’un point de vue symbolique la main représente ce qu’on possède, nos ressources ou moyens, ce qu’on maitrise (nos compétences), notre capacité à faire.

Et même en admettant que le mot yad est main, il n’est pas toujours utilisé dans ce sens.

En 4.62 ou en 42.30. Tout malheur qui vous atteint est dû à ce que vos mains ont acquis. Et Il pardonne beaucoup.

Encore un exemple où le Coran se lit à travers la symbolique, la métaphore.

Yad c’est les moyens, les ressources, la capacité à faire.

Jaybika

Jayb peut avoir le sens de réponse/réplique. Ce qui est parfaitement adapté dans le cadre d’un débat.

جِيبَة : réponse, riposte, réplique

Même en gardant le sens d’ouverture il peut s’agir de son introduction (discours d’ouverture) ou d’une opportunité pour s’exprimer lors de la discussion.
En français il y a l’expression « sortir de sa poche » : Surprendre avec quelque chose. Se contenir et attendre le bon moment pour sortir sa ressource/capacité.

En l’occurrence surprendre ses adversaires en sortant un argument imparable, étincelant.

Insère/mets ta ressource/capacité dans ta réplique, elle en ressortira brillante/étincelante sans aucun mal/dommage (c’est-à-dire les gens vont trouver ça « étincelant » dans le sens très pertinent).

Le sens de brillant est utilisé en 3.106 ou 12.84.

Ou bien elle en ressortira blanche sans aucun dommage (c’est-à-dire Moussa ressortira indemne du débat).

On ne peut pas traduire directement par « tu (Moussa) en ressortiras blanchi » double sens permis par la conjugaison arabe car en 26.33 et 7.108 on parle bien de yad.

Toujours est-il que la finalité est la même : Moussa sortira du débat indemne sans égratignure et aura « brillé de mille feux » grâce à sa yad.

28.32 Introduis ta main dans l´ouverture de ta tunique : elle sortira blanche sans aucun mal. Et serre ton bras contre toi pour ne pas avoir peur. Voilà donc deux preuves de ton Seigneur pour Pharaon et ses notables. Ce sont vraiment des gens pervers ».

Asluk Yadaka Fī Jaybika Takhruj Bayđā’a Min Ghayri Sū’in

Insère/introduis ta ressource dans la réplique. Elle en sortira blanche/étincelante sans aucun mal.

Wa Ađmum ‘Ilayka Janāĥaka Mina Ar-Rahbi

ضمم

v.
ضَمَّ : composer / inclure, receler, comporter, comprendre, contenir, englober, compter, renfermer

جَنَاحَكَ pareil janaĥ a d’autres sens dans le Coran, ou du moins un sens symbolique.

15.88 Ne regarde surtout pas avec envie les choses dont Nous avons donné jouissance temporaire à certains couples d’entre eux, ne t’afflige pas à leur sujet et abaisse ton aile pour les croyants.

On comprend ce passage par « abaisse ton niveau/degré » (ex : ton niveau d’exigence, ton niveau de responsabilité).

Et contiens vers toi ton niveau face à l’intimidation.

Allah lui demande de prendre sur soi face à l’intimidation et d’élever le niveau.

Les ailes tout comme le niveau permettent de prendre de la hauteur.

Voilà donc deux preuves de ton Seigneur pour Pharaon et ses notables

Ce verset précise que ce sont 2 signes différents.

Le 1er : Insère/mets ta ressource dans la réplique.

Le 2ème : Et contiens ta ressource face à l’intimidation vers/ jusqu’à ton niveau.

20.22 Et serre ta main sous ton aisselle : elle en sortira blanche sans aucun mal

Wa Ađmum Yadaka ‘Ilá Janāĥika Takhruj Bayđā’a Min Ghayri Sū’in

Contiens ta ressource vers ton niveau elle en sortira blanche/étincelante sans aucun mal.

Si on doit résumer tout ça, en gros Dieu dit à Moussa : ils vont essayer de t’intimider mais garde ton calme n’agis pas sous l’émotion ne sois pas impulsif.
Contiens ton énergie et mets la dans la réponse pour élever le débat jusqu’à ton niveau de maîtrise. En faisant ça tu sortiras la bonne réponse au bon moment (l’ouverture), la réponse étincelante qui laissera sans voix. Et tu sortiras indemne du débat.

A ce stade on peut penser qu’ils vont tenter de l’intimider par rapport à son erreur (avoir tué quelqu’un).
Les dialecticiens sont friands des ad hominem pour discréditer un raisonnement. Au lieu de répondre aux arguments ils s’attaquent à la personne, tente de déstabiliser, cherche à énerver etc.

Et c’est exactement ce qui va se passer dans 26.18-19.

Il ne ressort pas « blanchi » de l’affaire car il a réellement commis une faute et il en a conscience. On est blanchis quand on est innocent or il ne l’est pas. Mais en suivant les conseils de Dieu il a su éviter que le débat ne s’arrête sur cette affaire. On remarque d’ailleurs dans le passage en question que Moussa ne réagit pas aux attaques personnelles, ne se justifie pas, et recentre le débat sur son Seigneur. Il a donc suivi les recommandations de Son Seigneur.

20.23 afin que Nous te fassions voir de Nos signes les plus importants.

Ayat c’est signes, il y a aussi des signes dans le Coran (qu’on traduit par versets mais ce sont des signes).

De la même manière Muhammad récitait ou plutôt exposait les signes, avec la révélation du Coran.

Ici il s’agit d’aller parler, d’aller exposer des arguments, d’aller débattre.

  • La demande de soutien dans sa mission

20.25 [Moïse] dit : « Seigneur, ouvre-moi ma poitrine

20.26 et facilite ma mission,

20.27 et dénoue un nœud en ma langue

20.28 afin qu´ils comprennent mes paroles

20.29 et assigne-moi un assistant de ma famille

20.30 Aaron, mon frère,

20.31 accrois par lui ma force

20.32 et associe-le à ma mission

20.33 afin que nous Te glorifions beaucoup,

20.34 et que nous T´invoquions beaucoup

20.35 Et Toi, certes, Tu es Très Clairvoyant sur nous ».

L’extraordinaire invocation de Moussa, qu’on répète d’ailleurs avant de prendre la parole pour trouver les mots justes, les mots qui vont résonner dans les cœurs.

Personne ne fait cette invocation avant un spectacle de magie.

Il faut savoir que Moussa était quelqu’un de fort physiquement, imposant, mais la dialectique, l’éloquence n’étaient pas du tout son fort, et pourtant Allah l’a choisi lui pour exposer les signes, prendre la parole devant Pharaon.

En lui un exemple pour tout le monde. Ce n’était pas son domaine mais Allah l’a choisi et il a finalement excellé.

Allah aime prendre à contre-pied ceux qui collent des étiquettes et enferment dans des cases.

Du coup vu que c’est pas son domaine il demande à Allah que son frère l’assiste dans le débat (il a pas besoin de lui pour lancer un bâton) afin d’affronter les ٱلسَّحَرَةُ : les illusionnistes/ beaux parleurs / les dialecticiens / les sophistes / les persuadeurs, ceux qui captivent, charment avec de belles phrases.

سِحْرٍ : illusion, ne repose sur rien

Leur discours est beau mais ne repose sur rien, comme un mirage dans le désert.

20.36 [Allah] dit : « Ta demande est exaucée, ô Moïse

26.12 Il dit : « Seigneur, je crains qu´ils ne me traitent de menteur ;

26.13 que ma poitrine ne se serre, et que ma langue ne soit embarrassée [Yanţaliqu]: Mande donc Aaron.

Poitrine serrée, langue embarrassée, c’est le stress.

يَنطَلِقُ  vient de Talaq quitter.

« que ma langue ne me quitte » c’est-à-dire ne plus trouver les mots suite au stress.

28.33 « Seigneur, dit [Moïse], j´ai tué un des leurs et je crains qu´ils ne me tuent.

28.34 Mais Aaron, mon frère, est plus éloquent que moi. Envoie-le donc avec moi comme auxiliaire, pour déclarer ma véracité : je crains, vraiment, qu´ils ne me traitent de menteur ».

28.35 [Allah] dit : « Nous allons, par ton frère, fortifier ton bras, et vous donner des arguments irréfutables [Sulţānāan]; ils ne sauront vous atteindre, grâce à Nos signes [Nos miracles]. Vous deux et ceux qui vous suivront seront les vainqueurs.

Même si en réalité سلطن c’est plutôt autorité (et non arguments irréfutables), ce passage de la sourate 28 est explicite. « Aaron est plus éloquent que moi »

Quel est l’intérêt d’être éloquent pour un spectacle de magie ? Dans la version de nos brebis littéralistes, Moussa affronte des magiciens sur un même terrain (lancer un bâton qui se transforme en serpent) et il les bat. Ça s’appelle un duel de magiciens, où le gagnant est celui qui sort son meilleur tour, celui qui parait vraiment réel. Pas besoin d’éloquence pour l’emporter. Et les magiciens n’ont vraisemblablement pas eu besoin du témoignage de moralité du frère. Quand ils ont vu le serpent manger leurs bâtons ils n’ont pas attendu le discours d’Aaron pour déclarer la véracité de son frère. (Et puis, un seul témoin et de la famille, on a surement vu mieux comme argument d’autorité).

Y-a-t’il besoin d’éloquence pour délivrer des miracles ? Non des miracles soit t’y crois soit t’y crois pas, ça ne demande strictement aucune éloquence.

  • Le débat avec Fir`awn

20.43 Allez vers Pharaon : il s´est vraiment rebellé

20.44 Puis, parlez-lui gentiment. Peut-être se rappellera-t-il ou [Me] craindra-t-il

« Parlez-lui gentiment ». On parle d’une discussion.

20.45 Ils dirent : « ô notre Seigneur, nous craignons qu´il ne nous maltraite indûment, ou qu´il dépasse les limites ».

Ils craignent de se faire tuer ? Non qu’il les maltraite, ou qu’il dépasse les limites.

En 28v33 qatala peut dire combattre (avec des arguments), ou tuer symboliquement (dans le débat il t’a tué).

Le déroulement à suivre de la rencontre rend impossible l’idée d’un qatala au sens littéral. Seuls les littéralistes se font tuer (de façon symbolique).

20.46 Il dit : « Ne craignez rien. Je suis avec vous : J´entends et Je vois.

Allah entend les paroles qui vont sortir de leur bouche.

20.47 Allez donc chez lui ; puis, dites-lui : « Nous sommes tous deux, les messagers de ton Seigneur. Envoie donc les Enfants d´Israël en notre compagnie et ne les châtie plus. Nous sommes venus à toi avec une preuve de la part de ton Seigneur. Et que la paix soit sur quiconque suit le droit chemin !

Pourquoi Moussa est missionné par Allah pour demander à Fir`awn de « laisser partir » avec lui les Banī ‘Isrā’īl ?

Le rôle du messager n’est pourtant pas de libérer des opprimés d’un tortionnaire. Allah envoie un messager à un peuple pour communiquer Ses signes et restaurer le message divin que les hommes ont détourné.

Néanmoins si l’objectif est d’ordre religieux, on comprend mieux sa mission.

Isrā’īl est cité 2 fois dans le Coran.

Une fois pour dire qu’il s’est interdit lui-même des choses 3.93

3.93 Toute nourriture était licite aux enfants d´Israël, sauf celle qu´Israël lui-même s´interdit avant que ne descendit la Thora. Dis-[leur]: « Apportez la Thora et lisez-la, si ce que vous dites est vrai! »

L’autre fois pour parler de sa descendance ou plus exactement ce qu’il a semé (19.58). Là encore on ne parle pas de semence physique mais de semence spirituelle.

Ibnu c’est la filiation spirituelle. Ceux qui suivent la spiritualité de ceux qui s’interdisent des choses ce sont des Banī ‘Isrā’īl.

C’est comme si Fir`awn avait pris en otage les religieux et que l’objectif d’Allah était de les libérer.

On peut traduire adhab par privation (châtiment, mais quel est le pire châtiment ? la privation d’Allah. La privation est aussi un châtiment).

Les punitions les plus célèbres sont « privé de dessert », ou « privé de sortie » ou « privé de console ». La plus grande punition dans l’au-delà sera la privation d’Allah.

Maurice Gloton traduit par « correction ». Adhab : correction/privation.
« Renvoie les nous et ne les prive plus ».

On comprend facilement le lien entre celui qui s’interdit et celui qui prive. Et tout ça au nom de Dieu.

On sait aussi que l’auto-interdiction est en réalité une punition qu’Allah laisse infliger en rétribution pour avoir proclamé que c’est Lui qui l’a institué. Pour comprendre qui des hommes ou d’Allah a interdit les choses stupides dont on a hérité, il faut relire la sourate 6. Quelques extraits :

6.146 Aux Juifs, Nous avons interdit toute bête à ongle unique. Des bovins et des ovins, Nous leurs avons interdit les graisses, sauf ce que portent leur dos, leurs entrailles, ou ce qui est mêlé à l´os. Ainsi les avons-Nous punis pour leur rébellion. Et Nous sommes bien véridiques.

6.148 Ceux qui ont associé diront : « Si Allah avait voulu, nous ne lui aurions pas donné des associés, nos ancêtres non plus et nous n´aurions rien déclaré interdit. » Ainsi leurs prédécesseurs traitaient de menteurs (les messagers) jusqu´à ce qu´ils eurent goûté Notre rigueur. Dis : « Avez-vous quelque science à nous produire ? Vous ne suivez que la conjecture et ne faites que mentir ».

6.150 Dis : « Amenez vos témoins qui attesteraient qu´Allah a interdit cela. » Si ensuite ils témoignent, alors toi, ne témoignent pas avec eux et ne suis pas les passions de ceux qui traitent de mensonges Nos signes et qui ne croient pas à l´au-delà, tandis qu´ils donnent des égaux à leur Seigneur.

20.48 Il nous a été révélé que le châtiment est pour celui qui refuse d´avoir foi et qui tourne le dos ».

Il nous a été révélé que la punition est pour ceux qui démentent et tournent le dos.

On va imaginer un instant que la conversation qui suit entre Fir`awn et Moussa a lieu à notre époque. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.

20.49 Alors [Pharaon] dit : « Qui donc est votre Seigneur, ô Moïse ? »

Qui est ton enseignant ô Moussa ?

(Sachant que Rabb est le maitre, l’éducateur, celui qu’on choisit pour éduquer notre âme, pour nous guider dans la bonne voie).

20.50 « Notre Seigneur, dit Moïse, est celui qui a donné à chaque chose sa propre nature puis l´a dirigée ».

Mon enseignant est Celui qui a donné à chaque chose sa propre nature puis l’a dirigé.

20.51 « Qu´en est-il donc des générations anciennes ? » dit Pharaon.

Qu’en est-il des savants qui nous ont précédés ?

28.36 Puis, quand Moïse vint à eux avec Nos prodiges évidents, ils dirent : « Ce n´est là que magie inventée. Jamais nous n´avons entendu parler de cela chez nos premiers ancêtres ».

Jamais nous n´avons entendu parler de cela chez nos premiers savants.

28.37 Et Moïse dit : « Mon Seigneur connaît mieux qui est venu de Sa part avec la guidée, et à qui appartiendra la Demeure finale. Vraiment, les injustes ne réussiront pas ».

Allah sait qui a la guidée, personne ne peut dire « lui a la guidée » « il était bien guidé »

20.52 Moïse dit : « La connaissance de leur sort est auprès de mon Seigneur, dans un livre. Mon Seigneur [ne commet] ni erreur ni oubli.

A eux leurs œuvres, la connaissance de leur sort (erreur, paradis, enfer) est auprès d’Allah, nous avoir aucune connaissance de qui était bien guidés ou non. Eux sont des hommes qui font des erreurs, Allah ne commet pas d’erreur ou d’oubli.

20.53 C´est Lui qui vous a assigné la terre comme berceau [Mahdāan] et vous y a tracé des chemins ; et qui du ciel a fait descendre de l´eau avec laquelle Nous faisons germer des couples de plantes de toutes sortes. »

Ard c’est l’environnement, englobant à la fois l’idée d’environnement terrestre qui sert de cadre de vie et de milieu culturel. L’héritage culturel des ancêtres étant intimement lié à Ard en 10.78

Il a établi l’environnement comme مَهْدًا . C’est-à-dire l’environnement familier, la zone de confort.

Il a tracé plusieurs chemins (pour Le rejoindre).

C’est Lui qui fait descendre la connaissance divine (l’eau symbolise l’intervention divine, ici la révélation, la science divine).

Selon l’environnement (terre) enrichie par la connaissance (l’eau) on obtient des idées, des pensées différentes (plantes de toutes sortes).

Ainsi c’est normal de penser différemment, plusieurs chemins sont tracés, et plusieurs plantes ont germés.

20.54 « Mangez et faites paître votre bétail ». Voilà bien là des signes pour les doués d´intelligence.

Il faut se nourrir spirituellement de ces plantes arrosées de la révélation (et non pas se nourrir de l’arbre de zaqqûm).

20.55 C´est d´elle (la terre) que Nous vous avons créés, et en elle Nous vous retournerons, et d´elle Nous vous ferons sortir une fois encore

On a été créés à partir de cet écosystème non dégradé par l’homme, à l’origine notre fitra est pure (nature saine), puis on consomme de l’arbre interdit (la mauvaise nourriture, la parole des hommes présentée comme celle d’Allah) qui nous fait sortir de cet environnement édénique.

C’est cyclique, on retourne dans cet environnement en pleine harmonie puis on en ressort à nouveau.

20.56 Certes Nous lui avons montré tous Nos prodiges ; mais il les a démentis et a refusé (de croire).

20.57 Il dit : « Es-tu venu à nous, ô Moïse, pour nous faire sortir de notre terre par ta magie [Bisiĥrika]?

Moussa tu veux nous faire sortir de notre culture avec ta dialectique ?

سِحْرٍ : ensorceler, tromper, enchanter, charmer, captiver, enchanter

Ce n’est pas de la magie, c’est de la dialectique. Du sophisme, des belles paroles captivantes mais qui au final ne sont qu’illusion, que du vent.

Un beau discours mais qui ne repose sur rien. Et c’est exactement ce que disent les négateurs à propos du Coran.

74.24 Puis il a dit : « Ceci (le Coran) n’est que Siĥrun apprise

46.7 Et quand on leur récite Nos versets bien clairs, ceux qui ont mécru disent à propos de la vérité, une fois venue à eux : « C’est de la Siĥrun manifeste ».

26.15 Mais [Allah lui] dit : « Jamais ! Allez tous deux avec Nos prodiges. Nous resterons avec vous et Nous écouterons.

Nous écouterons (donc il va parler).

26.16 Rendez-vous donc tous deux auprès de Pharaon, puis dites : « Nous sommes les messagers du Seigneur de l´univers,

26.17 pour que tu renvoies les Enfants d´Israël avec nous ».

26.18 « Ne t´avons-nous pas, dit Pharaon, élevé chez nous tout enfant ? Et n´as-tu pas demeuré parmi nous des années de ta vie ?

Que répond Fir`awn ? Tout d’abord que c’est lui qui l’a éduqué, en gros que c’est un manque de gratitude, et qu’il renie son héritage. Il joue sur l’aspect sentimental, puis culpabilisant.

26.19 Puis tu as commis le méfait que tu as fait, en dépit de toute reconnaissance [Wa ‘Anta Mina Al-Kāfirīna] « .

Ensuite il lui fait comprendre « comment se fait-il que tu viennes me faire la morale alors que t’as tué quelqu’un » puis il finit par dire que Moussa fait partie des Kāfirīn (que nos littéralistes ont décidé de traduire par ingrat ce coup-ci). Le « takfir » apparemment une pratique courante chez certains.

L’ad hominem est un classique de l’argumentation.

26.20 « Je l´ai fait, dit Moïse, alors que j´étais encore du nombre des égarés.

26.21 Je me suis donc enfui de vous quand j´ai eu peur de vous : puis, mon Seigneur m´a donné la sagesse et m´a désigné parmi Ses messagers.

26.22 Est-ce là un bienfait de ta part [que tu me rappelles] avec reproche, alors que tu as asservi les Enfants d´Israël ? »

26.23 « Et qu´est-ce que le Seigneur de l´univers ? » dit Pharaon.

Ensuite Fir`awn revient sur la première remarque du v16

26.24 « Le Seigneur des cieux et de la terre et de ce qui existe entre eux, dit [Moïse], si seulement vous pouviez en être convaincus ! »

On peut admirer la rhétorique de Moussa, qui rappelle celle d’Abraham avec son peuple.

26.25 [Pharaon] dit à ceux qui l´entouraient : « N´entendez-vous pas ? »

26.26 [Moïse] continue : « … Votre Seigneur, et le Seigneur de vos plus anciens ancêtres ».

Argument : c’est le même Seigneur que vos ancêtres.

26.27 « Vraiment, dit [Pharaon], votre messager qui vous a été envoyé, est un fou ».

26.28 [Moïse] ajouta : « … Le Seigneur du Levant et du Couchant et de ce qui est entre les deux ; si seulement vous compreniez ! »

26.29 « Si tu adoptes, dit [Pharaon], une autre divinité que moi, je te mettrai parmi les prisonniers ».

أله : C’est quelqu’un vers qui on se tourne pour demander quelque chose, à qui on se réfère. Doté d’une supériorité.

Fir`awn dit « adopter une autre ilah que moi » c’est-à-dire « se référer à quelqu’un d’autre que moi ». Son objectif est de dire qu’il fait figure d’autorité. C’est d’ailleurs confirmé en 20.71.

Jamais Fir`awn n’a prétendu être le Créateur, Dieu, selon la définition monothéiste. A la limite il s’est pris pour Dieu selon l’expression (qui veut dire être un imbu de soi-même).

26.30 « Et même si je t´apportais, dit [Moïse], une chose (une preuve) évidente ?

26.31 « Apporte-la, dit [Pharaon], si tu es du nombre des véridiques ».

26.32 [Moïse] jeta donc son bâton et le voilà devenu un serpent manifeste

Fa’alqá `Aşāhu Fa’idhā Hiya Thu`bānun Mubīnun

ثعب : Verser, répandre, faire couler, jaillir, siphonner

Encore une fois on peut le comprendre de diverses façons, avec toujours une finalité similaire.

Un raisonnement qui parait impressionnant, saisissant, qui jaillit clairement dans l’esprit et qui se répand.

Mais ثعب veut aussi dire siphonner (un siphonnage).


Cf dictionnaire :
• 1. Transvaser un liquide à l’aide d’un siphon.

• 2. Vider un réservoir de son contenu à l’aide d’un siphon.

• 3. Figuré. En parlant d’un parti politique ou d’un candidat, attirer à lui les voix d’un parti ou d’un candidat adverse.

• 4. Figuré et familier. Voler ; soutirer.

Synonymes :

Voler – soutirer

On comprend quel est le sens du verset.

L’argumentation de Moussa était tellement convaincante qu’elle a « vidé leur esprit » et a permis plus tard de faire adhérer à sa cause les soutiens de Fir`awn.

26.33 Et il tira sa main et voilà qu´elle était blanche (étincelante) à ceux qui regardaient.

Wa Naza`a Yadahu Fa’idhā Hiya Bayđā’u Lilnnāžirīna

نَزَعَ : enlever, ôter, extraire, arracher

Il a extrait sa ressource et voilà qu’elle était étincelante à ceux qui regardaient (ils ont été émerveillés)

بَيْضَآءُ blanc / étincelant au sens littéral comme symbolique.

3.106 Au jour où certains visages s’éclaireront, (s’illumineront)

Aucun visage ne va devenir blanc, mais ils seront « étincelants » comme lorsque quelque chose brille par propreté.

12.84 Et il se détourna d’eux et dit: « Que mon chagrin est grand pour Joseph! » Et ses yeux blanchirent d’affliction. Et il était accablé.

Avoir les yeux brillants, comme quand on pleure.

26.34 [Pharaon] dit aux notables autour de lui : « Voilà en vérité un magicien savant.

26.35 Il veut par sa magie vous expulser de votre terre. Que commandez-vous ? »

26.36 Ils dirent : « Remets-les à plus tard, [lui] et son frère, et envoie des gens dans les villes, pour rassembler,

26.37 et t´amener tout grand magicien savant ».

7.111 Ils dirent : « Fais-le attendre, lui et son frère, et envoie des rassembleurs dans les villes,

7.112 qui t´amèneront tout magicien averti.

20.58 Nous t´apporterons assurément une magie semblable. Fixe entre nous et toi un rendez-vous auquel ni nous ni toi ne manquerons, dans un lieu convenable ».

Nous aussi nous utiliserons de belles paroles/de la dialectique équivalente.

« dans un lieu convenable ».

20.59 Alors Moïse dit : « Votre rendez-vous, c´est le jour de la fête. Et que les gens se rassemblent dans la matinée ».

Le jour de la fête (Hajj ?) où tout le monde se réunit.

Quel serait l’intérêt de rassembler des gens et leur prouver que Moussa est un faux envoyé ? Si Fir`awn était un tyran qui se prend pour Dieu il le tuerait sur le champ pour « blasphème » ou « rébellion » (Certains musulmans n’attendraient pas autant de temps et proposerait encore moins un rendez-vous public).

Là c’est comme s’il veut prouver à tout le monde que c’est lui qui a raison.

28.36 Puis, quand Moïse vint à eux avec Nos prodiges évidents, ils dirent : « Ce n´est là que magie inventée. Jamais nous n´avons entendu parler de cela chez nos premiers ancêtres ».

20.60 Pharaon, donc, se retira. Ensuite il rassembla sa ruse puis vint (au rendez- vous).

Fir`awn propose et un débat public et se retire. Il a surement oublié que c’était un tyran.

  • Le débat public

20.61 Moïse leur dit : « Malheur à vous ! Ne forgez pas de mensonge contre Allah : sinon par un châtiment Il vous anéantira. Celui qui forge (un mensonge) est perdu

Moussa prévient : ne mentez pas sur Allah, ne fabriquez pas un mensonge en le présentant comme venant d’Allah.

C’est donc bien que le sujet de la rencontre va être Allah et la religion. Sinon quel intérêt d’ouvrir les débats avec cette phrase.

Va-t-on dire à des gens qui ne savent pas qui est Allah « ne mentez pas sur Allah/ à propos d’Allah » (‘ala Allah) ?

20.62 Là-dessus, ils se mirent à disputer entre eux de leur affaire et tinrent secrètes leurs discussions.

Concertation entre eux.

20.63 Ils dirent : « Voici deux magiciens qui, par leur magie, veulent vous faire abandonner votre terre et emporter votre doctrine idéale.

Qālū ‘In Hadhāni Lasāĥirāni Yurīdāni ‘An Yukhrijākum Min ‘Arđikum Bisiĥrihimā Wa Yadh/habā Biţarīqatikumu Al-Muthlá

Voici deux « persuadeurs » qui par leur dialectique veulent vous faire abandonner votre état et enlever votre conformité / votre modèle.

مِثْل : image, pair, analogue, comme, égal, jumeau, pareil, semblable / conformité, homogénéité, ressemblance, similarité, similitude, homologie / par exemple / image, analogue, assimilé, comme, jumeau, pareil, ressemblant, semblable, tel

20.64 Rassemblez donc votre ruse puis venez en rangs serrés. Et celui qui aura le dessus aujourd´hui aura réussi ».

Le dessus sur le débat. Débat d’arguments.

20.65 Ils dirent : « ô Moïse, ou tu jettes, [le premier ton bâton] ou que nous soyons les premiers à jeter ? »

Tu commences ou on commence ?

20.66 Il dit : « Jetez plutôt ». Et voilà que leurs cordes et leurs bâtons lui parurent ramper par l´effet de leur magie

Qāla Bal ‘Alqū Fa’idhā Ĥibāluhum Wa `Işīyuhum Yukhayyalu ‘Ilayhi Min Siĥrihim ‘Annahā Tas`á

Moussa dit « commencez ».

سعي voir 20.20

حبل le lien, ce qui relie (ex : un pacte)

3.103 Et cramponnez-vous tous ensemble au « Habl » (câble) de Dieu

حبل peut aussi dire piège/traquenard, ce qui encore une fois est adapté pour décrire un débat avec des dialecticiens plus soucieux de te piéger sur la forme que de s’intéresser à la vérité.

خيل s’imaginer, se figurer, considérer, croire que, prendre pour (ça se passe dans sa tête), imaginaire, cheval, chevauchée.

Alors, voilà que, sous l’effet de leur dialectique, leurs liens et leurs raisonnements lui (Moïse) parurent s’activer.

Leurs liens et leurs raisonnements ont pris considération jusqu’à lui, travaillant (lui ont paru tellement convaincants) par l’effet de la dialectique.

C’est allé très vite, son imagination a « galopé ». Au point qu’il prit peur.

20.67 Moïse ressentit quelque peur en lui-même

Le stress.

20.68 Nous lui dîmes : « N´aie pas peur, c´est toi qui auras le dessus.

Allah le rassure en disant que c’est lui qui aura le dessus final.

20.69 Jette ce qu´il y a dans ta main droite ; cela dévorera ce qu´ils ont fabriqué. Ce qu´ils ont fabriqué n´est qu´une ruse de magicien ; et le magicien ne réussit pas, où qu´il soit ».

Jette ce qu’il y a dans ta maitrise / jette de ce que tu maitrises.

Il « jeta » ce qu’il maitrisa (de son raisonnement) et il mangea tout cru ses adversaires et leurs arguments fabriqués.

20.70 Les magiciens se jetèrent prosternés, disant : « Nous avons foi en le Seigneur d´Aaron et de Moïse »

Alors il jeta les dialecticiens en « sujjadan ». Ils furent convaincus « Nous avons foi en le Seigneur d´Aaron et de Moïse ».

20.71 Alors Pharaon dit : « Avez-vous cru en lui avant que je ne vous y autorise ? C´est lui votre chef qui vous a enseigné la magie. Je vous ferai sûrement, couper mains et jambes opposées, et vous ferai crucifier aux troncs des palmiers, et vous saurez, avec certitude, qui de nous est plus fort en châtiment et qui est le plus durable ».

Vous avez pensé avant que je vous y autorise ? C’est moi l’autorité dans la religion. C’est lui qui vous a enseigné la dialectique ?

26.38 Les magiciens furent donc réunis en rendez-vous au jour convenu.

26.39 Et il fut dit aux gens : « Est-ce que vous allez vous réunir,

26.40 afin que nous suivions les magiciens, si ce sont eux les vainqueurs ? »

26.41 Puis, lorsque les magiciens arrivèrent, ils dirent à Pharaon : « Y aura-t-il vraiment une récompense pour nous, si nous sommes les vainqueurs ? »

26.42 Il dit : « Oui, bien sûr, vous serez alors parmi mes proches !

26.43 Moïse leur dit : « Jetez ce que vous avez à jeter ».

Dites ce que vous avez à dire.

26.44 Ils jetèrent donc leurs cordes et leurs bâtons et dirent : « Par la puissance de Pharaon !… C´est nous qui serons les vainqueurs ».

Pourquoi tous les magiciens ont des cordes et des bâtons ?  C’est le seul tour de magie qu’ils connaissent ? Ils se sont tous passés le mot et font que ça, c’est la tendance du moment ?

On passe d’un échange avec Pharaon à un spectacle de magie devant plein de gens ?

Non c’est plutôt qu’on passe d’un débat privé à un débat public, un spectacle d’éloquence.

Bi`izzati Fir`awna

Ils ont mis leur confiance dans l’enseignement de Pharaon, pour eux Pharaon ne pouvait se tromper, ils étaient sûrs de gagner.

26.45 Puis Moïse jeta son bâton, et voilà qu´il happait ce qu´ils avaient fabriqué.

Moussa jeta son raisonnement/argument et détruisit tous les leurs.

26.46 Alors les magiciens tombèrent prosternés,

Alors il jeta les dialecticiens en « sajidin ».

Ils ont accepté les preuves, le message.

26.47 disant : « Nous croyons au Seigneur de l´univers,

Nous croyons au Seigneur de l’univers (en référence au v16).

26.48 Le Seigneur de Moïse et d´Aaron ».

26.49 [Pharaon] dit : « Avez-vous cru en lui avant que je ne vous le permette ? En vérité, c´est lui votre chef, qui vous a enseigné la magie ! Eh bien, vous saurez bientôt ! Je vous couperai, sûrement, mains et jambes opposées, et vous crucifierai tous ».

40.26 Et Pharaon dit : « Laissez-moi tuer Moïse. Et qu´il appelle son Seigneur ! Je crains qu´il ne change votre religion ou qu´il ne fasse apparaître la corruption sur terre ».

« Je crains qu’il ne change votre religion ou qu’il ne fasse apparaître la corruption sur terre ».

Une réplique de Fir`awn qu’on entend tous les jours. A croire que ce dernier s’est incarné en eux. La sunna de Fir`awn.

40.27 Moïse [lui] dit : « Je cherche auprès de mon Seigneur et le vôtre, protection contre tout orgueilleux qui ne croit pas au jour du Compte ».

Un rappel de Moussa « attention à tes propos, tu vas rendre des comptes au jour du jugement ».

40.28 Et un homme croyant de la famille de Pharaon, qui dissimulait sa foi, dit : « Tuerez-vous un homme parce qu´il dit : « Mon seigneur est Allah » ? Alors qu´il est venu à vous avec les preuves évidentes de la part de votre Seigneur. S´il est menteur, son mensonge sera à son détriment ; tandis que s´il est véridique, alors une partie de ce dont il vous menace tombera sur vous ». Certes, Allah ne guide pas celui qui est outrancier et imposteur !

Un homme qui intervient dans le débat.

Il s’adresse clairement à un peuple croyant. Avec son magnifique prêche, appelant à suivre Allah seulement.

Mon Educateur est Allah.

40.29 Pharaon dit : « Je ne vous indique que ce que je considère bon. Je ne vous guide qu´au sentier de la droiture ».

Fir`awn pensait bien faire et guider à la droiture. Sauf qu’il opprimait les gens.

7.114 Il dit : « Oui, et vous serez certainement du nombre de mes rapprochés ».

7.115 Ils dirent : « ô Moïse, ou bien tu jetteras (le premier), ou bien nous serons les premiers à jeter »

7.116 « Jetez » dit-il. Puis lorsqu´ils eurent jeté, ils ensorcelèrent les yeux des gens et les épouvantèrent, et vinrent avec une puissante magie       

7.117 Et Nous révélâmes à Moïse : « Jette ton bâton ». Et voilà que celui-ci se mit à engloutir ce qu´ils avaient fabriqué.

7.118 Ainsi la vérité se manifesta et ce qu´ils firent fût vain.

7.119 Ainsi ils furent battus et se trouvèrent humiliés.

Conclusion



Le propos n’est pas de nier le surnaturel et le miraculeux. Simplement le discours coranique n’en fait pas un exemple.

Le Coran invite les gens à la réflexion, à la méditation des signes pour croire. En étant attentif aux signes d’Allah on ressent Sa présence et on développe un lien avec Lui.

Le Coran n’est pas de la « magie ».  (74.24 et 46.7)

S’il est qualifié de « sihr » c’est par rapport à sa rhétorique inégalable. Une rhétorique pour convaincre les gens, pour les amener à réfléchir et à croire.

Et c’est ce qu’on fait tous à notre échelle : Des débats, des échanges, on essaye d’apporter des preuves. On cherche à convaincre que ce soit par l’action ou la parole, mais jamais par des miracles. Quoi de mieux que d’avoir un modèle en Moussa pour nous éclairer dans ce qu’on pratique tous les jours.

Pourquoi y-a-t’il des récits des nabiyin dans le Coran ? Pour qu’on s’en inspire là, maintenant, tous les jours. En quoi un spectacle de magie ça va nous servir ?
Par contre comment se comporter lors d’un débat, comprendre la préparation de Moussa et ce qu’il a ressenti, lui qui n’était pas le plus qualifié, marcher sur ses traces… là ça a de l’importance.

Quant à Fir`awn est-ce que c’était un « savant » ?

La racine فرع renvoie à une position de hauteur, celui qui s’est élevé (en autorité, au-dessus des autres), qui se montre supérieur.

فِرْعَوْنِيّ serait alors un surnom pour dire « le chef ». Et qu’est-ce qu’un « sheikh » si ce n’est quelqu’un qui s’est établit comme chef religieux, législateur.

43.52 Ne suis-je pas meilleur que ce misérable qui sait à peine s´exprimer ?

La frontière entre eux devient très mince, quand Fir`awn fait référence aux ancêtres, cherche à faire culpabiliser en disant que Moussa va semer la corruption, qu’il fait partie d’un petit groupe et que donc c’est un égaré etc.

Des caractéristiques qu’on retrouve aussi chez de nombreux religieux. On se demandera de qui ils cherchent à s’inspirer entre Moussa et Fir`awn. Quand l’un cherche à libérer et l’autre cherche à emprisonner : chacun choisira son modèle.


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