Qui est Dhul Qarnayn ?
18.83 Et ils t’interrogent sur Ḏūl-Qarnayn. Dis: «Je vais vous en citer quelque fait mémorable».
Allah nous introduit le personnage Dhul Qarnayn dans le verset 83 avec « Ils t’interrogent à son sujet ».
Qui sont ceux qui interrogent ? Pas des adorateurs de statues mais des religieux, des spécialistes de la religion même.
Quel peut être l’objectif d’une telle question ? Piéger/démasquer un faux nabî en le décrédibilisant. Ceux qui posent la question connaissent donc la réponse et attendent un faux pas, une erreur. Et ils savent que cette réponse est connue de Dieu, donc forcément de Son nabî si celui-ci est un vrai.
On peut en déduire que c’était quelque chose de connu par un petit groupe, mais pas suffisamment connu pour qu’un non initié le sache. Et pas assez répandu pour l’apprendre via d’autres canaux. Ils n’auraient pas posé cette question s’il y avait eu moyen pour un imposteur de l’apprendre ailleurs.
On a donc à faire à des religieux sectaires qui cachent des choses aux autres. Qui dans l’histoire sont coutumiers du fait d’enfouir la Vérité et de garder la vraie version pour eux ?
Réponse : c’est une spécialité connue des Bani Isra’îl évidemment. Avec à leur tête les rabbins et autres docteurs de loi.
5.13 Et puis, à cause de leur violation de l´engagement, Nous les avons maudits et endurci leurs cœurs: ils détournent les paroles de leur sens et oublient une partie de ce qui leur a été rappelé. Tu ne cesseras de découvrir leur trahison, sauf d´un petit nombre d´entre eux. Pardonne-leur donc et oublie [leurs fautes]. Car Allah aime, certes, les bienfaisants.
7.162 Puis, les injustes parmi eux changèrent en une autre, la parole qui leur était dite. Alors Nous envoyâmes du ciel un châtiment sur eux, pour le méfait qu´ils avaient commis.
2.102 Et ils suivirent ce que les diables racontent contre le règne de Salomon. Alors que Salomon n´a jamais été mécréant mais bien les diables: ils enseignent aux gens la magie ainsi que ce qui est descendu aux deux anges Harout et Marout, à Babylone; mais ceux-ci n´enseignaient rien à personne, qu´ils n´aient dit d´abord: « Nous ne sommes rien qu´une tentation: ne soit pas mécréant »; ils apprennent auprès d´eux ce qui sème la désunion entre l´homme et son épouse. Or ils ne sont capables de nuire à personne qu´avec la permission d´Allah. Et les gens apprennent ce qui leur nuit et ne leur est pas profitable. Et ils savent, très certainement, que celui qui acquiert [ce pouvoir] n´aura aucune part dans l´au-delà. Certes, quelle détestable marchandise pour laquelle ils ont vendu leurs âmes! Si seulement ils savaient !
Juste en raisonnant on arrive à la même conclusion que Ibn Is’hâq. En même temps tout était parfaitement compréhensible sans.
Et la réponse d’Allah va relever du génie de la rhétorique. Il va parler de Dhul Qarnayn sans dévoiler directement son identité. Mais en racontant une partie de ses aventures, Il va y disséminer (plus que) des indices sur son identité. Histoire de leur faire comprendre qu’Il sait tout et a compris leur petit jeu.
8.30 […] Ils complotèrent. Mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est le meilleur en stratagèmes.
L’intérêt est double : ridiculiser les rabbins en contrant leur « stratégie » et laisser 2 choses à celui qui lira le Coran :
– Connaître un des secrets du Coran à travers la méditation de Ses Signes. S’émerveiller devant la beauté de sa rhétorique. Ce sont ces graines « disséminées » qui font grandir la Foi. Et tout passionné de « tartilade » trouvera la réponse. (Indice : elle est pas dans les tafsir).
– Une méthode utile pour piéger à leur tour ceux qui s’érigent en intermédiaire entre toi et Allah, peu importe leur nom (Rabbin, Prêtre, Cheikh).
27.50 Ils ourdirent une ruse et Nous ourdîmes une ruse sans qu’ils s’en rendent compte.
Les faux savants seront faciles à démasquer : ils t’expliqueront la religion d’Allah, prétendront comprendre le Coran au point de le corriger en abrogeant une partie (pour t’expliquer la religion et dire ce qu’Allah attend de toi y a plutôt intérêt à avoir compris le Coran non ?). Et tout ça sans avoir fait le lien pour Dhul Qarnayn, ou ne comprenant rien.
Le problème c’est qu’on est devant quelque chose qui saute aux yeux quand on est devant les faits… Les preuves sont nombreuses et frappantes… Un spécialiste, un mufassir (un vrai) ne peut pas passer à côté.
Et le piège de ces shouyoukh d’avant-hier qui consistaient à piéger un faux nabî se referme sur eux.
Comment piéger un faux savant du Coran? En l’interrogeant sur qui est Dhul Qarnayn.
Voyons maintenant qui est Dhul Qarnayn au regard du Coran.
Les éléments du Coran
– la voie à toutes choses
18.83. Et ils t’interrogent sur Ḏūl-Qarnayn. Dis: «Je vais vous en citer quelque fait mémorable».
18.84. Vraiment, Nous avons affermi sa puissance sur terre, et Nous lui avons donné libre voie à toute chose
27.15. Nous avons effectivement donné à David et à Salomon une science; et ils dirent: «Louange à Allah qui nous a favorisés à beaucoup de Ses serviteurs croyants».
27.16. Et Salomon hérita de David et dit: «Ô hommes! On nous a appris le langage des oiseaux; et on nous a donné part de toutes choses. C’est là vraiment la grâce évidente.
En arabe c’est encore plus clair :
وَوَرِثَ سُلَيْمَٰنُ دَاوُۥدَ وَقَالَ يَٰٓأَيُّهَا ٱلنَّاسُ عُلِّمْنَا مَنطِقَ ٱلطَّيْرِ وَأُوتِينَا مِن كُلِّ شَىْءٍ إِنَّ هَٰذَا لَهُوَ ٱلْفَضْلُ ٱلْمُبِينُ (27.16)
إِنَّا مَكَّنَّا لَهُۥ فِى ٱلْأَرْضِ وَءَاتَيْنَٰهُ مِن كُلِّ شَىْءٍ سَبَبًا (18.84)
– le cuivre et le fer
18.96 «Apportez-moi des blocs de fer ». Puis, lorsqu’il en eut comblé l’espace entre les deux montagnes, il dit : « Soufflez! » Puis, lorsqu’il l’eut rendu une fournaise, il dit : « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus»
34.10 Nous avons certes accordé une grâce à David de Notre part. Ô montagnes et oiseaux, répétez avec lui (les louanges d’Allah). Et pour lui, Nous avons amolli le fer,
34.11. (en lui disant): «Fabrique des cottes de mailles complètes et mesure bien les mailles». Et faites le bien. Je suis Clairvoyant sur ce que vous faites.
34.12 Et à Salomon (Nous avons assujetti) le vent, dont le parcours du matin équivaut à un mois (de marche) et le parcours du soir, un mois aussi. Et pour lui Nous avons fait couler la source de cuivre. Et parmi les djinns il y en a qui travaillaient sous ses ordres, par permission de son Seigneur. Quiconque d’entre eux, cependant, déviait de Notre ordre, Nous lui faisions goûter au châtiment de la fournaise.
Le fer a d’abord été donné (amolli) à David, puis Souleymane en hérita.
27.16 Et Salomon hérita de David […]
Mais le cuivre n’a été donné que pour Souleymane.
34.12 […] Et pour lui Nous avons fait couler la source de cuivre […]
L’expression « faire couler la source de cuivre » est d’ailleurs très proche de « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus»
On peut aussi parler de la maitrise des éléments ou d’une science des éléments.
27.15 Nous avons effectivement donné à David et à Salomon une science […]
Et de la construction du remblai.
34.13 Ils exécutaient pour lui ce qu’il voulait: sanctuaires, statues(3), plateaux comme des bassins, et marmites bien ancrées. – «Ô famille de David, œuvrez par gratitude», alors qu’il y a eu peu de Mes serviteurs qui sont reconnaissants.
– la facilité de voyager
18.86 Et quand il eut atteint le Couchant […]
18.90 Et quand il eut atteint le Levant […]
34.12 Et à Salomon (Nous avons assujetti) le vent, dont le parcours du matin équivaut à un mois (de marche) et le parcours du soir, un mois aussi. […]
Le matin le soleil se lève à l’Est, le soir il se couche à l’Ouest, là aussi il y a une concordance avec Dhul Qarnayn qui voyage avec une grande facilité de l’Orient à l’Occident.
– la connaissance des langues
18.93 Et quand il eut atteint un endroit situé entre les Deux Barrières (montagnes), il trouva derrière elles une peuplade qui ne comprenait presque aucun langage.
18.94 Ils dirent: « ô Ḏūl-Qarnayn, les Yajuj et les Majuj commettent du désordre sur terre. Est-ce que nous pourrons t´accorder un tribut pour construire une barrière entre eux et nous? »
27.16 Et Salomon hérita de David et dit: « ô hommes! On nous a appris le langage des oiseaux; et on nous a donné part de toutes choses. C´est là vraiment la grâce évidente.
27.19 Il sourit, amusé par ces propos […]
27.39 Un djinn redoutable dit: « Je te l´apporterai avant que tu ne te lèves de ta place: pour cela, je suis fort et digne de confiance ».
Le peuple ne comprend presque aucun langage mais Dhul Qarnayn parvient à leur parler.
Le verset ne dit pas non plus qu’il ne parlait pas sa langue, mais il dit que le peuple n’en comprenait presque aucun, sous-entendu que Dhul Qarnayn en connaissait plusieurs.
On sait que Souleymane comprenait de nombreux langages. (Autant d’un point de vue littéral que métaphorique)
– sa manière de parler (ce qu’Allah m’a procuré est meilleur)
18.98 Il dit: « C´est une miséricorde de la part de mon Seigneur. Mais, lorsque la promesse de mon Seigneur viendra, Il le nivellera. Et la promesse de mon Seigneur est vérité ».
18.95 Il dit: « Ce que Mon Seigneur m´a conféré vaut mieux (que vos dons). Aidez-moi donc avec force et je construirai un remblai entre vous et eux.
قَالَ مَا مَكَّنِّى فِيهِ رَبِّى خَيْرٌ فَأَعِينُونِى بِقُوَّةٍ أَجْعَلْ بَيْنَكُمْ وَبَيْنَهُمْ رَدْمًا (18.95)
27.36 Puis, lorsque [la délégation] arriva auprès de Salomon, celui-ci dit: « Est-ce avec des biens que vous voulez m´aider? alors que ce qu´Allah m´a procuré est meilleur que ce qu´Il vous a procuré. Mais c´est vous plutôt qui vous réjouissez de votre cadeau.
فَلَمَّا جَآءَ سُلَيْمَٰنَ قَالَ أَتُمِدُّونَنِ بِمَالٍ فَمَآ ءَاتَىٰنِۦَ ٱللَّهُ خَيْرٌ مِّمَّآ ءَاتَىٰكُم بَلْ أَنتُم بِهَدِيَّتِكُمْ تَفْرَحُونَ (27.36)
La formulation est différente mais la rhétorique est identique. C’est la même façon de répondre dans une même situation, lorsqu’on veut lui offrir quelque chose.
– sa manière de parler (apportez-moi)
18.96 Apportez-moi des blocs de fer ». Puis, lorsqu´il en eut comblé l´espace entre les deux montagnes, il dit: « Soufflez! » Puis, lorsqu´il l´eut rendu une fournaise, il dit: « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus ».
27.38 Il dit: « ô notables! Qui de vous m´apportera son trône avant qu´ils ne viennent à moi soumis? »
Il dispose de la même assurance et de la même autorité naturelle lorsqu’il parle.
Le peuple qui lui demande de l’aide est doté d’une force physique pour déplacer des choses que des hommes ne peuvent pas faire (des blocs de fer).
Il y a aussi du cuivre et du fer en grande quantité et à porter de main pour Dhul Qarnayn, il a bien fallu l’extraire et le transporter.
On ne parle pas là d’un peuple d’Hommes mais d’un peuple de djinns. Et donc d’un homme qui a la capacité de s’adresser à des djinns.
– le vent
18.96 «Apportez-moi des blocs de fer ». Puis, lorsqu’il en eut comblé l’espace entre les deux montagnes, il dit : « Soufflez! » Puis, lorsqu’il l’eut rendu une fournaise, il dit : « Apportez-moi du cuivre fondu, que je le déverse dessus»
Le terme « soufflez » ne peut pas s’adresser à des Hommes, comment un Homme peut souffler pour édifier une construction/mélanger du cuivre ? On ne parle pas de souffler sur une bougie ou sur une soupe pour la refroidir.
2 possibilités :
Soit « soufflez » s’adresse aux vents. (En supposant qu’il se tourne et s’adresse à eux après le qâla)
34.12 Et à Salomon (Nous avons assujetti) le vent […]
21.81 Et (Nous avons soumis) à Salomon le vent impétueux qui, par son ordre, se dirigea vers la terre que Nous avions bénie. Et Nous sommes à même de tout savoir,
Soit aux djinns qui ont vraisemblablement des capacités surréalistes.
34.12 […] Et parmi les djinns il y en a qui travaillaient sous ses ordres, par permission de son Seigneur. […]
Dans les 2 cas une seule personne avait sous ses ordres le vent et des djinns.
– la liberté d’action
18.86 Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse, et, auprès d´elle il trouva une peuplade [impie]. Nous dîmes: « ô Ḏūl-Qarnayn! ou tu les châties, ou tu uses de bienveillance à leur égard ».
38.39 « Voilà Notre don; distribue-le ou retiens-le sans avoir à en rendre compte ».
Allah a totalement confiance et lui donne carte blanche. Il a la possibilité de faire régner l’ordre, de décider du sort d’un peuple, Allah le laisse décider, sans avoir à rendre de compte.
Pour parvenir ce statut on ne peut pas sortir de nulle part : avoir été éduqué par Dawoud lui-même nabî, et avoir fait ses preuves dans sa jeunesse.
– le royaume
18.84 Vraiment, Nous avons affermi sa puissance sur terre, et Nous lui avons donné libre voie à toute chose.
18.86 Et quand il eut atteint le Couchant […]
18.90 Et quand il eut atteint le Levant […]
38.35 « Seigneur, pardonne-moi et fais-moi don d’un royaume tel que nul après moi n’aura de pareil. C’est Toi le grand Dispensateur »
Dhul Qarnayn est le voyageur du levant et du couchant, il ne peut pas avoir un royaume plus grand que Souleymane.
Et effectivement son royaume est tellement grand qu’on ne peut pas le quantifier, il dépasse surement la terre.
– sa manière de parler (ceci est une miséricorde/grâce de mon Seigneur)
18.98 Il dit: « C´est une miséricorde de la part de mon Seigneur. » […]
قَالَ هَٰذَا رَحْمَةٌ مِّن رَّبِّى (18.98)
27.40 « Cela est de la grâce de mon Seigneur » […]
قَالَ هَٰذَا مِن فَضْلِ رَبِّى (27.40)
C’est la même façon de réagir devant un émerveillement.
A titre de comparaison, en 27.16 de même qu’en 12.38, la formulation est différente et ne constitue pas une réaction mais un rappel.
Conclusion
On a vu plus haut pourquoi Allah n’a pas dévoilé explicitement le nom de Souleymane.
Afin de répondre aux « rabbins » par la rhétorique, afin qu’on médite, qu’on soit surpris des merveilles du Coran et de la Sagesse d’Allah qu’Il octroie à qui Il veut
Du point de vue du Coran, l’usage des surnoms ne pose aucun problème (Dhul nun, Uzayr). Si on traduit le mot « qarni » par époque, ça donnerait « celui à deux époques ». On peut supposer que Souleymane ait été surnommé ainsi car il a connu 2 époques : celle de son enfance avec son père Dawoud et celle de son royaume avec une avancée technologique inimaginable grâce aux vents et aux djinns sous ses ordres.